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Au coeur de l'autre

 

 

Originaire du pays de la Téranga, étudiants en fin de Baccalauréat en psychosociologie à l'université de Rimouski, et stagiaire chez Autrement d'ici, Lamine livre dans ce très beau texte son expérience de l'adaptation au Québec et à la vie rimouskoise.

 

 

 

Aussi  attaché à ma famille et à mes amis que je sois, je n’ai pas l’âme d’un sédentaire. Je suis originaire du Sénégal, pays de la « TÉRANGA », qui signifie hospitalité en Wolof. Et malgré ce qualificatif élogieux, je n’ai pas pu me résigner à y demeurer plus longtemps. Le principal élément déclencheur qui a motivé ma décision de quitter mon pays, c’est mon souhait d’acquérir une autonomie. J’estime le moment opportun pour moi de relever le défi d’assumer mes choix, d’affronter les soucis de ma subsistance. Je pense, sans démagogie aucune, que la vie demeure un combat. Il faut savoir l’apprécier sans pour autant avoir peur de l’échec. Selon moi, si l’on fuit ses difficultés par peur de l’échec, c’est déjà un aveu d’échec. Puis, j’en avais assez de la prévarication. La prévarication, c’est un terme qui signifie : ne pas aller au bout des promesses que l’on a faites à son peuple. Cette dernière me semble endémique, d’un gouvernement à l’autre, être au détriment de la population. Ainsi, cela m’a conduit à entreprendre les démarches nécessaires en vue de m’envoler vers le Québec. Heureusement, à l’époque, je ne savais pas que la situation politique n’était pas meilleure. Si je l’avais su, je pense que je n’aurais pas pris l’avion

 

Par conséquent, je suis parti et j’aimerais vous parler de mes premiers pas ici dans la belle Province de Québec, des personnes que j’ai rencontrées, des accents du terroir, de la culture, de mon intégration, du climat et de la nourriture.  

 

Le 31 décembre 2015, à l’aéroport Pierre-Elliott Trudeau de Montréal, je fais mes premiers pas en terre canadienne. Par contre, je n’arrive à Rimouski que le 1er janvier 2016. Bonjour! Un nouveau commencement. Plutôt rude pour un homme ancré dans sa culture, dans ses mœurs, dans son Afrique natale. Malgré l’intention de m’expatrier, jamais je n’ai conçu pour moi la possibilité d’immigrer dans un pays où peut régner un climat sibérien. J’arrive sur un territoire immense où même les ours noirs préfèrent hiberner plutôt que d’affronter les rigueurs mordantes de l’hiver! Même les oiseaux migrateurs fuient vers le Sud à la recherche de ciel plus cléments! Très vite, j’en viens à me questionner sur la folie de cette entreprise…  

 

L’une de mes premières démarches, ici à Rimouski, consista à m’inscrire au programme en Communication (relations humaines). Justement, de façon paradoxale, moi qui, habituellement, établi de bons liens avec l’entourage, je suis en bute avec celui-ci. Dès mon arrivée, j’ai été confronté à une difficulté inédite : l’accent régional. Mais quelle langue parlent-ils?  Je n’y comprenais que dalle! C’est quoi, «avoir du fun»? Pourquoi la réponse de «merci» ne serait-elle pas «Au plaisir» ou «je vous en prie», mais plutôt «bienvenue»? C’est qui, ça, une blonde? Je pensais que c’était une fille aux cheveux blonds, mais sachez que si un mec vous parle d’une blonde, il s’agit de sa copine.

 

À ce moment-là, je me sentais véritablement en exil. Dans mon cheminement vers l’intégration se dresse cette incompréhension mutuelle qui, à mes yeux, était comparable à un Iceberg sur la trajectoire d’un navire. Comment vais-je communiquer si on ne se comprend pas?

 

La seconde difficulté sur la route de ma nouvelle socialisation, c’est la culture : la tenue vestimentaire, les constructions résidentielles, commercial, la musique, l’environnement physique et la faune et la flore. Tout cela était une source de dépaysement. Chez nous, nous retrouvons des espaces commerciaux pour aller faire nos courses, se divertir au cinéma et faire notre épicerie. Cependant, les denrées alimentaires sont très différentes. Ici, on trouve en abondance du bœuf et du porc, tandis que chez nous, c’est plutôt les chèvres et les moutons qui abondent dans les boucheries. Là d’où je viens, les saveurs salées et épicées ont la cote. Au Québec, mes papilles de Sénégalais ne retrouvent pas les arômes et les effluves piquants, typiques de chez moi.

 

Durant les premiers mois, l’adaptation fut extrêmement difficile en particulier à cause du froid, de la communication, des relations avec les autres et de cette nourriture que je trouvais indigeste à cause de sa fadeur. Le mal du pays commençait à m’accabler. J’avais le sentiment que je n’arriverais pas à vivre ici, que Je ne réussirais jamais à m’acclimater. Mon découragement m’inspirait un vif désir de rebrousser chemin jusqu’en Afrique.

 

Envers et contre tout, je me suis armé de courage et réaffirmé envers moi-même que j’allais surmonter les obstacles, un à un. « J’y suis, j’y reste », me suis-je dit.  Je ne voulais pas retourner au pays de peur de me mettre en échec. J’ai prié le bon Dieu, le bienveillant, pour qu’il me donne les forces de passer à travers mes épreuves.

 

Dès lors, j’ai établi mon plan de bataille. La première étape a été l’observation de base. J’ai regardé les Québécois avec une question de survie : comment font-ils pour ne pas mourir de froid? Élémentaire, ils s’habillent chaudement. Ainsi, je me suis pourvu de vêtements adaptés au climat hivernal.

 

Deuxième étape : Essayer de les comprendre. J’ai redoublé d’attention pour bien me familiariser avec leur accent quand ils me parlent. J’ai dû surmonter ma gêne pour demander à certains interlocuteurs d’avoir l’amabilité et la patience de bien vouloir répéter ce qu’ils venaient de me dire. Dix mois plus tard,  ma compréhension orale des Québécois s’est grandement améliorée.

 

Certes, les conditions étaient très pénibles, parce que tout début est laborieux. J’ai compris que le problème était une question d’angle culturel. Je devais comprendre les codes sociaux du Québec, si je voulais que mes difficultés s’aplanissent. Par exemple, chez moi, nous allons au-devant de l’étranger. Quand il débarque à l’aéroport, l’hospitalité le salue. Nous allons directement l’accueillir. Ici, il semble que ce  soit l’inverse. C’est à l’étranger de prendre l’initiative du contact. Une fois que j’ai compris cela, je me suis mis en mode proactif pour initier de nouvelles relations. Mes cours en psychosociologie me confortaient dans cette attitude. D’après Yann Le Bossé, l’empowerment recouvre plusieurs sens dont certains n’ont rien à voir avec celui qu’on lui attribue dans les pratiques sociales. Ce terme a été traduit, par exemple, par « autonomisation », « responsabilisation », « capacitation » «pouvoir d’agir» etc… C’est le passage d’un sentiment d’impuissance, d’une incapacité perçue et concrète à agir, au sentiment d’une plus grande possibilité de réguler les événements importants de sa réalité quotidienne. octobre 2009 ⋅ 7

 

Le grand point qui ressort de mon expérience personnelle, c’est que la notion de choc culturel est une réalité concrète. Ce n’est pas une création de l’esprit, c’est réel. Le nouvel arrivant est plongé dans un univers qui, à bien des égards, lui paraît étrange et peut-être même rebutant. Le risque est de le voir se replier sur lui-même, se ghettoïser, se marginaliser. J’ai compris que le choc culturel est en fait un préalable qu’il ne peut esquiver s’il veut parvenir à s’intégrer. Il est nécessaire de se décider, de prendre le taureau par les cornes et de s’efforcer de s’intégrer à sa nouvelle culture. Ce choix, c’est celui que je fais, sans pour autant renier mes racines sénégalaises. Je crois profondément que j’ai beaucoup à recevoir de mes amis du Québec et que je peux aussi apporter ma contribution à cette société d’accueil.

 

Aujourd’hui, je me dis d’ailleurs que, si je ne peux pas importer le Soleil d’Afrique, je peux inspirer de la chaleur humaine et collective dont j’ai hérité. Chers amis de ma nouvelle terre, je vous invite à vous inspirer du Sénégal pour améliorer votre sens de l’hospitalité. Chez nous l’hôte, c’est celui qui est accueilli. Dans ce sens  Mactar Faye affirme que, dans toutes sociétés et depuis toujours les hommes ont accueilli et honoré leurs hôtes en leur offrant l’hospitalité. Mais l’hospitalité sénégalaise dite  «TERANGA» est bien plus que cela. L’étranger doit non seulement être bien accueilli (en parole) mais aussi autant que faire se peut, être logé et nourri... Mais la «TERANGA» ne signifie pas donner quelque chose au visiteur. Elle peut être traduite dans l’attitude, la manière de se comporter voire d’être avec lui… Année 1998 Numéro 1  pp. 337-341

 

Quand ma nouvelle ville accueillera chaleureusement ses nouveaux arrivants  comme le fait le Sénégal, le plaisir de recevoir ne serait plus seulement une réalité Sénégalaise, mais aussi Québécoise, et on se retrouvera tous au cœur de l’autre.

 

 

BIBLIOGRAPHIE :

Yann Le Bossé : une synthèse de l’entretien sur empowement  (La VIE de Recherche au CRIEVAT / volume 3, numéro 5 – octobre 2009 ⋅ 7)

Faye, Mactar : Année 1998  Volume 178  Numéro 1  pp. 337-341, Tours à la conquête du tourisme d'affaires (1998, article), La « teranga » sénégalaise facteur de développement du tourisme urbain (1998, article).

Dany LAFERRIÉRE : L’académie française, Tout ce qu’on ne te dira pas, mongo

 

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