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Les écueils de l'intégration inachevée

03/06/2018

 

La manière avec laquelle les gens issus de l’immigration entrent en contact avec les Canadiens n’est pas homogène d’un océan à l’autre. Son relief le plus remarquable se situe bien sûr au Québec. Cela est dû au fait que les immigrants québécois sont souvent devant un deuxième clivage, qu’ils ont une barrière supplémentaire à traverser pour se rendre jusqu’à l’autre, soit celle de la langue, la première langue du « nous ». Pour des raisons historiques évidentes, le ROC intègre beaucoup plus naturellement ses immigrants dans son tissu social. Cela rend leur parcours plus susceptible d’atteindre sa finalité naturelle, celle de l’intégration normale et continue au marché du travail. La culture anglo-saxonne, munie de l’écrasante majorité linguistique dont elle dispose, n’a rien à craindre pour sa pérennité quand elle accueille des étrangers, surtout quand ils sont issus d’anciennes colonies britanniques et qui, au surplus, s’expriment en anglais. Que la nostalgie monarchique soit plus développée au Canada anglais qu’au Québec est un truisme, alors ne soyons pas étonnés que l’empire se sente moins menacé dans sa fibre qu’un bastion de survivance culturelle et nationale.

 

Ce bastion a d’ailleurs pour deuxième bémol d’être moins solide dans sa propre reconnaissance identitaire, dans sa consolidation définitive de ses propres assises et repères. Nous jouons donc cette partition en si bémol, à moins que ce ne soit en sol mineur. Accueillir un autre bien défini alors qu’on est soi-même en fluctuation identitaire peut engendrer les situations les plus cocasses. Parlez-en à certains accommodements n’ayant de raisonnable que la nécessité de nous faire comprendre qu’ils ne le sont pas. C’est souvent par la négative et par des caricatures que la sensibilité endormie se fait pincer le flanc.

 

Si nous omettons cette particularité québécoise quand nous réfléchissons sur notre manière de vivre et de transiger avec les autres, alors oui, nous pourrions avoir l’air plus frileux, moins accueillants que nos concitoyens du ROC, mais ce serait nier le réel. Toutefois, ce qui est irréel et semble ne pas avoir d’emprise sur la réalité peut en un tour de main pervers se transformer en réalité palpable pour autant qu’on puisse l’instiller avec constance dans l’esprit des gens. Nos réactions face aux autres ou vis-à-vis de quoi que ce soit sont toujours modulées par nos convictions les plus profondes et celles-là se trouvent justement à être aisément modifiables par le discours quand ce dernier est conçu à cette fin. Tout se passe comme si nous n’étions jamais assez vigilants pour voir venir l’intérêt qui voudrait nous faire porter sa vision comme un gant pour que nous en devenions la main, ou du moins son extension agissante.

 

L’énoncé voulant qu’« Un homme averti en vaut deux » est un euphémisme. Une personne ayant en main des informations justes au sujet d’une situation ne pourra pas être flouée à son sujet. Elle ne pourra pas se mettre au service d’autre chose que de sa propre vérité et la valeur de sa compréhension sera bien plus que doublée, elle sera décuplée. Le moteur qui influence nos prises de position est principalement idéologique et cette idéologie est principalement l’expression démagogique des intérêts du pouvoir en place, qu’il soit transparent ou dissimulé, franc ou occulte. Ainsi, quand nous nous questionnons sur nous-mêmes, sur nos manières de nous comporter, quand nous entrons dans le mode de l’autocritique, il devient tout sauf superflu de vérifier d’abord si nos soi-disant convictions ne seraient pas teintées et induites par des zones de notre réalité sociale n’ayant à peu près rien à voir avec nous, avec ce que nous souhaitons pour nous et pour les autres, qu’ils soient ou non natifs de notre petite portion de planète, portion archi-privilégiée, faut-il le rappeler.

 

Une culture n’ayant pas de racines anglo-saxonnes n’a pas le même rapport de force d’intégration avec ses immigrants qu’une culture issue de ce paradigme majeur de l’Occident, l’Empire Britannique, le monde selon ce regard. C’est ce que nous venons de voir. Regardons d’un peu plus près.

 

Les alliances naturelles sont à coup sûr fortifiantes et il nous faut nous questionner sur qui serait susceptible de vouloir que nous évitions justement de les forger pour nous renforcer. Si on arrive à nous convaincre que l’autre est plus différent que semblable quand c’est le contraire, on nous empêche alors d’avoir accès au plus formidable outil du changement, celui de la coalition d’esprit et de conviction. Nos affres et angoisses sont pratiquement toutes les mêmes d’un peuple à l’autre, alors il s’en trouve pour vouloir nous cacher cela le plus possible pour mieux tabler sur une caricaturale exagération de certains traits et aspects de l’autre qui seraient prétendument en antagonisme avec l’axe de nos valeurs. Si vous ne voulez pas avoir à vous battre vous-même contre un ennemi, pour faire l’économie de vos forces, vous n’avez qu’à créer un faux schisme en son sein pour lui faire avaler la couleuvre qu’il est composé d’éléments distincts devant lutter les uns contre les autres quand c’est bien davantage une harmonie naturelle de sens et d’aspirations qui le définit. C’est contre cela qu’il nous faut lutter, car là se trouve la clef opérante de bien des serrures qui nous restent bloquées pour l’instant. Tant qu’un contexte nous est présenté et expliqué d’une manière à nous en cacher les ressorts principaux, nous ne pouvons pas agir sur sa transformation, sa nature réelle nous échappant en partie.

 

Il est révélateur de constater que cette frange de l’immigration que nous définissons par des vocables parfois mal distingués et souvent amalgamés de manière à en défigurer le sens, en soit justement une comportant une masse critique de peuples et d’individus s’exprimant en français, bon, pour des raisons et contraintes diverses, mais partageant néanmoins un motif « naturel » de le faire, issus qu’ils sont d’anciennes colonies ou pour toute autre raison historique. Musulmans, Arabes, Islam, intégristes, terroristes ; une belle soupe où la plus minimale et la plus salvatrice des sémantiques s’est depuis longtemps dissoute dans la chaleur et le bouillonnement d’un choc des cultures artificiellement créé et entretenu. Nous avons besoin d’une thérapie en forme de déprogrammation.

 

Tout ne pouvant pas servir d’exemple dans un texte si court, j’illustrerai un aspect de mon propos en choisissant au hasard les peuples issus du Maghreb. Qu’il soit d’origine marocaine, tunisienne ou algérienne, L’Arabe francophone aura toujours une propension à mieux maîtriser le français que le Québécois, bien qu’il s’agisse culturellement de sa deuxième langue, du  moins dans une majorité des cas. Cela est un peu triste, mais c’est ainsi. Ayant baigné eux-mêmes dans les richesses de la culture Française, les immigrants qui nous viennent du Maghreb possèdent déjà une aptitude clef en main à apprécier et à être sensible à une partie importante de notre patrimoine culturel et historique. Cela rendrait aisé de nombreuses alliances politiques, la naissance de nombreux projets de société ayant l’avantage d’être un miroir des deux côtés de la clôture de l’immigration. Au Québec, même une partie importante des Anglophones de souche souhaitent voir l’avènement d’une nation qui soit davantage à leur image, alors ce n’est pas la masse critique de citoyens qui manque pour faire avancer certains dossiers et en débloquer d’autres, pour faire naître une nation d’une manière dont les souverainistes n’auraient pas rêvé.

 

Pour terrasser son ennemi, il faut transformer son meilleur avantage en pire désavantage. À force de voir le mal et le danger où il ne se trouve pas, nous laissons tranquille notre ennemi véritable, nous le laissons nous vampiriser, nous le laissons nous empêcher de nous unir. Les alliances souterraines entre l’Islam et l’Occident n’ont plus la faiblesse argumentative d’un complot tiré par les cheveux, mais la réalité de faits avérés. La stratégie des alliances de circonstances a préséance sur tout discours officiel et nos gouvernements défont d’une main ce qu’ils prétendent construire de l’autre. Le mensonge de la propagande est donc la matrice dans laquelle nous vaquons endormis à nos existences.

 

Un Québec qui ne craint pas le bilinguisme, mais fortement et majoritairement français, un Québec construit à l’aide de gens comme ces néo-Québécois issus du Nord de l’Afrique, comme tous les francophones d’Europe, comme nos Autochtones négligés jusqu’à l’agression perpétuelle, des peuples de partout qui seraient à même de saisir l’occasion historique qui leur est offerte de s’unir à un peuple tolérant et apprécié d’une partie importante de la communauté internationale, de telles intégrations avec un tel résultat, voilà ce qui serait enthousiasmant, voilà ce qui irait à l’encontre de la morosité qu’on veut nous instiller pour nous empêcher d’arriver à la prochaine étape naturelle de notre évolution en tant que société.

 

Mais pour qu’une telle chose commence à advenir, il faudrait que de tels propos soient plus souvent entendus, plus souvent tenus dans toutes les sphères de nos existences. Il faudrait qu’on décroche du réflexe de rejet et de crainte maladive de l’autre. Quand le regard imparfait de la haine contemple la perfection, il la défigure et la tord à son image. Quand le regard parfait de l’amour contemple l’imperfection, il la reconstitue et la ramène à sa vérité. Tout geste d’amour vrai est une maïeutique de l’autre faisant plus ou moins souffrir. Cela dépend de l’étendue et de la sincérité de notre amour, de la hauteur de son désintérêt et de son universalité. C’est fleur bleue, mais tout autre chemin est une chimère.

 

Être autrement d’ici, ça peut aussi concerner les Québécois de souche, bizarrement, car on peut renaître à notre propre provenance identitaire quand on l’intègre enfin jusqu’au bout. Mais le long chemin consistant à découvrir son identité pour l’embrasser et en faire le socle de notre présence au monde n’a pas pour destination finale une réalité géographique, bien qu’une telle chose soit accessoire. Le lieu dont nous venons est d’abord intérieur et est constitué d’un tissu de convictions assumées. L’esprit forge son environnement davantage qu’il est forgé par lui, et même si personne ne pourrait se définir en dehors de sa culture géographique et linguistique, notre premier langage et notre premier pays viennent de la strate évolutive à laquelle nous appartenons sur ce fabuleux spectre du salmigondis des consciences où nous retrouvons vraiment de tout.

 

C’est à dessein que ces quelques paragraphes ont esquissé certains sujets sans les vider. Ils contiennent des pistes pour des écritures à venir, comme nos vies en contiennent et que nous n’avons pas encore eu le temps d’emprunter. Ce qui n’est pas encore advenu n’est pas angoissant. C’est lorsqu’aucune articulation nouvelle des réalités anciennes ne se produit que naît l’angoisse. Il suffit parfois de bien peu de chose pour que les plateaux de la balance voient s’inverser leur rapport de force. La masse critique du changement doit augmenter en densité. Nous avons envie de faire des pas l’un vers l’autre. Cela est partout et forme un disque d’accrétion qui tourbillonne d’envie. Faisons le petit pas manquant pour que tout cela s’effondre de joie en une seule pertinence partagée et nous aurons une toute nouvelle planète sous les pieds pour faire un pied de nez à l’ancienne.

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