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Tout racisme est de l'autrisme

03/02/2018

Les débats de société souvent acrimonieux ayant entouré la question de savoir si les Québécois pratiquent ou non un racisme systémique n’ont rien démontré de neuf, bien qu’un nouvel opprobre semble vouloir en naître avec son vocabulaire propre. Tout cela se déroule sur un fond d’embrouillamini où à peu près tout est amalgamé à son contraire pour tenter d’ériger une chimérique troisième voie de la reconnaissance de l’autre, celle visant à le diluer un peu dans la magie du multiculturalisme. On vous accueille, mais vous devez faire l’effort d’un peu nous ressembler, par reconnaissance.

 

Notre peuple a rarement été aussi unanime à propos du fait qu’il ne l’était pas et il me semble que l’air du temps deviendrait plus sympathique si on s’attelait quelque peu à colmater la boîte de Pandore que nous avons ouverte, à défaut de pouvoir la fermer entièrement pour les raisons qui suivent.

 

Notre crainte et notre méfiance de l’autre, de toute forme de différence, est inscrite au creux de notre psyché depuis des temps ataviques et même si les civilisations se sont plus ou moins attelées à marcher vers autre chose, la case de départ n’est jamais très loin en nous, surtout aux moments où des réflexes instinctifs nous remontent à la surface. Il y a nos vœux pieux d’individus et de société, plus ou moins une façade, et il y a notre nature réelle, qui, que l’on se l’admette ou non, est demeurée allergique à tout ce qui la déstabilise et la confronte.

 

Une partie importante de l’humanité accepte de considérer cette plus ou moins grande ouverture envers les autres comme un baromètre assez fidèle du degré d’avancement d’une société. Ce qu’il y a ici de paradoxal avec nos examens de conscience à répétition, c’est qu’ils se produisent dans une société justement réputée aussi accueillante qu’un modèle à suivre. C’est ce qui arrive quand nous amalgamons nos devoirs de société moderne et nos réflexes individuels ancestraux. Quand on y rajoute le troisième terme du phénomène contemporain extrêmement dangereux d’un djihad armé planétaire, les esprits s’échauffent alors en groupe et on n’y voit plus très clair.

 

C’est à dessein que j’ai incrusté un néologisme douteux dans mon titre. La simplicité de mon propos tient en peu de chose et une laideur grammaticale est susceptible de servir de pense-bête. Notre peur et notre conséquente maltraitance de l’autre remonte à la nuit des temps, comme je l’ai mentionné, et cela est le premier moteur, le premier déterminant de nos convictions et de nos actions. Nous avons tous vu des personnages animaux pour enfant, la larme à l’œil, se faire chasser par leurs semblables parce qu’ils n’étaient pas de la bonne couleur. Un pigeon mauve n’est jamais bien accueilli. Les humains – et particulièrement les hommes – maîtrisent depuis toujours l’art de la méconnaissance de l’autre et de sa conséquente violence envers lui, ou elle.

 

Le traitement de seconde classe qu’ont subi toutes les minorités de l’Histoire a pourtant bien eu un début, un contexte initial. Avec son incapacité enrageante à ne pas craindre tout ce qui diffère de lui, l’homme a fait pour première victime sa propre compagne, a créé la première minorité visible de sa petite histoire, et a ainsi donné son envol au plus profond et au plus dommageable schisme de sa vie intérieure, maltraitant un aspect essentiel de son être plutôt que de le chérir comme ce que l’on possède de plus précieux et de plus équilibrant. C’est donc avec une suprême ironie qu’aujourd’hui, la plus grande minorité visible de la planète est en fait une majorité, puisque les femmes comptent pour 51 % de la population mondiale. Mais quand on y regarde de près, le traitement des femmes par les hommes a bel et bien toutes les caractéristiques du sort qu’on fait subir aux minorités visibles. À elle seule, cette ironie en dit tant sur l’homme…

 

Les tensions exacerbées par les bombes religieuses semées partout et par tous les conflits rattachés à cette problématique ne doivent pas nous faire étendre ce voile atroce sur les défis d’acceptation de l’autre que nous avions déjà avant que nous basculions dans ce monde effrayant. Il va de soi que ce n’est pas facile, mais notre société en forme de terre d’accueil mérite un meilleur traitement, un meilleur soin de sa réputation. Peut-être abordons-nous des temps remplis de complexités décourageantes et dont les enjeux semblent nous dépasser, semblent dépasser la puissance que nous pourrions avoir à agir sur quoi que ce soit. Ce sont ces périodes difficiles qui nous poussent à faire migrer nos efforts vers l’individu, vers l’être s’observant lui-même, plutôt que vers le groupe qui est devenu ingérable par éclatement. La masse critique du bon sens doit se rétablir pour que la société s’enthousiasme à nouveau de ses projets et sente qu’elle a derrière elle l’essentiel de ses écueils récents. C’est de la philosophie à cinq sous, mais je ne suis pas riche.

 

Se réunir en groupes composés d’éléments hétéroclites de la société pour tenter d’endiguer des mauvais réflexes a peut-être son pesant de bonnes intentions, mais les résultats obtenus à ce jour démontrent bien que l’on doit d’abord devenir plus sincères avec nous-mêmes, autant à titre d’individus que socialement, et que l’on doit cesser de s’en vouloir à tout prix quand la vitesse des événements dépasse celle de notre propre évolution intérieure. Il n’y a pas de mal à avoir besoin de périodes d’acclimatation quand les contextes concernés viennent à peine d’apparaître dans nos vies, qui étaient restées monochromes depuis si longtemps. Notre amour inconditionnel pour l’habitude s’en était chargé. Nous préférons souvent un malheur connu à un bonheur inconnu.

 

Si nous additionnons à notre peur de l’autre celle de nous reconnaître dans quelqu’un qui nous ressemble pour cause de déni, nous voyons bien dans quelle condition pitoyable d’appréciation de quoi que ce soit nous nous trouvons ! Le racisme n’est que de l’autrisme et ce terme très laid n’est que le moteur central de nos motivations, alors les humains n’ont pas des problèmes de racisme, ils ont des problèmes d’humain. Jusqu’à preuve du contraire, c’est ça un humain dans son ensemble, une créature qui craint la différence de l’autre et qui est souvent prêt à beaucoup pour conserver ce qu’il connaît et seulement ce qu’il connaît. Le racisme n’est que l’un des nombreux avatars qui grèvent la nature humaine et l’empêchent de remplir la vérité de son être. La clef pour sortir de cette prison ne saurait se trouver dans un simple texte d’opinion, mais si un seul regard en a été légèrement modifié, je ne me serai pas assis pour rien.

 

Guy Buckley

Champlain

 

 

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