• Guy Buckley

Le premier visage de l’autre


Avant la diversification ethnique des migrations nous venant maintenant de partout, à l’époque pas si lointaine où ce que nous traversons aujourd’hui était à peine envisageable, l’identité de « l’autre culture » était principalement constituée par les anglophones, par l’autre solitude. Si je ne débute pas en disant, par respect de l’Histoire, que ce sont les autochtones qui ne peuvent qu’en définitive représenter le premier visage de l’autre, c’est parce que notre déconsidération séculaire de ces peuples est telle que ce à quoi nous les avons réduit ne pourrait même pas constituer une identité assez valable pour prendre le visage de l’autre. La déshumanisation tous azimuts que ces peuples nobles et sages ont subi de notre part est l’exemple le plus incontestable d’un processus de réification. L’expression « génocide culturel » qui flotte dans l’air depuis quelque temps est tristement parfaitement exacte.

Il se trouve encore aujourd’hui des reliquats surannés de cette attitude antagoniste consistant à opposer notre identité et notre culture avec celles des Anglos-Québécois. Nous avons depuis longtemps aplani les querelles les plus folkloriques de cette dualité, mais malheureusement, il s’en trouve encore beaucoup pour tenir un discours où nos chers et précieux Anglais sont dépeints comme faisant partie du problème, et ce, même si ça fait des décennies qu’au Québec, les deux solitudes couchent dans le même lit pour y pondre des citoyens naissant en dehors de cette dichotomie régressive et hautement condamnable.

Utopie ? Lunettes roses ? Parlez-en au groupe Anglophones for Québec Independence ! Leur simple existence est si enthousiasmante que j’ai décidé de me joindre à ce groupe, considérant depuis toujours que notre accession au statut de pays ne s’obtiendra pas, mais surtout, ne devrait pas s’obtenir sans eux. La richesse et les beautés d’une culture bicéphale ne sont plus à démontrer et Montréal représente sûrement un des plus beaux modèles où s’est produit le miracle de mélanger l’eau et l’huile sans que ces matières se séparent dès qu’on ne les agite plus.

Le degré d’apaisement entre les cultures francophone et anglophone du Québec demeure un baromètre de notre capacité à faire avancer ou non les aspects les plus cruciaux du vivre-ensemble. L’unité et la cohésion sociale à la poursuite desquelles nous sommes ne sont pas envisageables si nous ne finissons pas une bonne fois pour toute de réveiller des querelles anciennes qui ne devraient absolument plus avoir de poids dans nos débats et dans ce que nous sommes devenus. Quand notre respiration cherche un air qui a quitté notre atmosphère depuis des lustres, les possibilités de s’étouffer dans les rixes du passé se multiplient. Il y a tant à faire aujourd’hui et l’entretien délétère de ces vieilles marottes ne fait que nous retirer du temps qui devrait servir à autre chose. Nous n’avons pas encore entièrement obtenu notre diplôme d’études secondaires en matière des deux peuples fondateurs, et voilà qu’il nous faudrait accélérer notre compréhension des choses jusqu’au point d’obtenir une maîtrise en accueil et respect de tous ces nouveaux peuples qui débarquent dans notre contradictoire société.

Les musiciens connaissent bien l’importance de pratiquer leurs gammes et arpèges afin d’acquérir le niveau nécessaire à la manifestation de la beauté inscrite au cœur des partitions. Nos exercices d’assouplissement et notre entraînement social devraient d’abord finir de se faire la main avec le moins menaçant et le plus semblable de tous les « visages de l’autre », soit celui de la frange anglophone de notre nation. Ce n’est qu’à cette condition que nous pourrions espérer voir se produire une accélération dans notre marche vers cette cohabitation nationale paisible à laquelle personne ne saurait rester indifférent. Quand l’adversaire devient le partenaire, on peut alors rêver aux accomplissements les plus inatteignables.


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